Mister Tambourine Man

De Eugène Durif


Mise en scène Karelle Prugnaud


Avec : Nikolaus Holz et Denis Lavant
Collaboration artistique : Nikolaus Holz
Lumière / Régie générale : Emmanuel Pestre
Costumes : Antonin Boyot-Gellibert

Mister Tambourine Man » cause, parle, raconte à qui veut l’entendre parce que plus personne aujourd’hui ne l’écoute ! Mister Tambourine Man avec son barda foutraque d’instruments bizarres et étranges veut pourtant continuer d’exister et pour cela il faut qu’il raconte, mais à qui ? où ? Partout, dans les bistrots, sur la place d’un village, sur un parking, n’importe, il va là où on ne l’attend pas et il y trouve l’autre, celui qui écoute les peines et les joies de ce monde, le garçon de café. Celui qui tend l’oreille sans jamais avoir l’occasion d’ouvrir la bouche. Alors voilà notre duo improbable qui va essayer de communiquer, de se comprendre, l’un avec la parole, la musique, le chant et l’autre en jonglant avec ce qu’il trouve, en se contorsionnant, en utilisant le mobilier qu’il a. Ensemble, dans ces endroits improbables mais vivants, ils vont refaire le monde et la poésie du monde...

Ce bonimenteur, qui est aussi un homme orchestre (comme le fameux «Master Tambourine man » de Bob Dylan) en a assez d’être celui qui présente et raconte les histoires des autres. Là, tous les soirs, dans des lieux divers. Un sentiment de n’être qu’un accompagnateur qui jouerait éternellement les utilités. Il se rêve roi sous ses oripeaux de saltimbanque. Alors, invente des instruments faits de rien, de cailloux siffleurs, coquillages approximatifs, scies désaccordées, orgues à épingle à linge, percus tonnerre et boites à orage, harmonica édenté, kazoos de fortune et autres, il se raconte des histoires, retrouve ou crée des poèmes, des chansons de quat’sous, des contes et litanies, parfois voudrait être capable des plus beaux des boniments, en revisite certains de Rabelais à Büchner, tente d’en inventer d’autres où les mots sonneraient tellement bien ensemble que ceux qui l’écoutent auraient envie de l’accompagner au bout du monde. Il s’invente aussi des personnages, comme ce roi de carnaval, ce roi cannibale, roi vagabond, souverain des rues, qui rêve de festins inouïs. Une sorte d’approche de la grâce, d’invention joyeusement verbale et musicale, pour déjouer la monotonie du quotidien, et avoir l’illusion, un instant, dans ce moment d’une représentation inventée de se trouver, de coïncider avec soi-même, avec celui que l’on pourrait être. Même fugitivement... Dans le même espace, mais aussi ailleurs, un autre là que l’on n’attendait pas, une rencontre qui pourrait au départ avoir du mal à s’établir.

En écho, en miroir, dans un registre très différent, un servant de scène, que l’on pourrait prendre pour un garçon de café....Un « déséquilibriste » un rien déjanté, avide d’un débat ou d’un duel cosmique ou comique, pour arriver à communiquer, et pas seulement à travers des mots, en construisant un espace très personnel, et un univers fait d’obsessions, et de non écoute, (avec bien sûr son affirmation paradoxale « je vous écoute »), de croisements et de divagations de toutes sortes. Avec même l’idée de construire un piano à chats, un vieux fantasme ou des chats placés dans une boite ont leurs queues placées sous un clavier. A chaque touche enfoncée, on peut imaginer la drôle de musique que cela produit, une sorte de symphonie crillardeuse. On dit, mais est-ce vrai, que l’instrument était utilisé dans un but thérapeutique, notamment pour soigner des formes de schizophrénie. Bon, cela restera un fantasme, on n’ira pas jusqu‘à fabriquer l’instrument et les âmes sensibles et défenseurs des animaux peuvent assister en toute quiétude au spectacle.

Ça se passe à deux, avec tout le mal à s’appréhender que l’on appelle, pour faire comme si tout allait de soi d’un humain à l’autre, la communication. Chacun avec sa forme d’expression que l’un et l’autre ne cessent de chercher, avec variations et ratages, pour finir par construire à deux un monde brinquebalant, qui tienne dans l’instant du spectacle, plus ou moins debout. (Peut-être simplement à travers l’invention et l’exploration d’instruments de musique insolites) Ils entament, à leur façon, une drôle de communication, entre absurde et loufoque. Comme un numéro de clowns légèrement décalés. Tous deux, l’un avec l’autre, dans une tentative de faire danser le réel de guingois, légèrement de travers et en le remettant, par le fait, sur ses pieds, pour qu’il puisse mieux encore s’effondrer.

Eugène Durif

Dossier de presse


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